Le Wallet d’identité est-il un nouvel espace de confiance ?

Le petit-déjeuner, organisé ce matin par le Forum InCyber sous la houlette de son Président fondateur le général d’armée (2S) Marc Watin-Augouard, avait pour objet d’essayer de comprendre les buts, les enjeux et les risques du projet de Portefeuille européen d'identité numérique dit « Wallet d’identité ».

Qu’est-ce que le Wallet d’identité ?

Le Portefeuille européen d'identité numérique, EUDI (EUropean Digital Identity) Wallet est une application mobile, gratuite et pour l’instant non obligatoire, en principe sécurisée, permettant de stocker, gérer et partager ses documents d'identité et justificatifs officiels à l'échelle de l'Union européenne.

En clair, c’est un coffre-fort personnel qui stocke dans votre Smartphone votre carte d'identité, votre permis de conduire, votre carte Vitale, vos diplômes ou tout document officiel, et ce de manière dématérialisée.

L’objectif de cette application est l’authentification de la personne, grâce à une connexion simplifiée et en principe sécurisée aux services en ligne publics et privés. Hors-ligne, elle doit permettre à terme la présentation de documents officiels lors de contrôles ou de démarches en face à face. En outre, dans le cadre de la signature électronique, elle doit permettre la signature de documents avec une valeur juridique reconnue dans toute l'UE : utile en matière notariale ou bancaire, par exemple.

Le calendrier de son déploiement

L'État français prépare et aligne l'application France Identité pour répondre à ce standard européen.

En théorie, fin 2026 chaque État membre de l'UE devra proposer son Portefeuille national (gratuit et facultatif) et les organismes publics devront l'accepter. Quand on connait l’état des organismes publics français, on peut douter de ce calendrier.

Et fin 2027, les grandes entreprises et les plateformes en ligne concernées auront l'obligation d'accepter ce mode d'authentification, ce qui parait plausible.

Le cadre européen n'impose pas que le Wallet soit fourni directement par l’État, mais chaque État membre doit garantir au moins un Wallet européen disponible sur son territoire, que ce soit une solution publique ou celle d’un acteur privé. A condition que la solution applique le langage commun défini par l’Europe.

En 2025, l’Europe a complété son dispositif normatif avec des textes sur la cybersécurité, élément essentiel pour la confiance dans les outils qui seront utilisés, sur la reconnaissance des Wallets certifiés et sur l'identité transfrontalière.

Les avantages du système Wallet

Il permettrait de passer progressivement, dans nos relations avec tout un tas d’organismes, de « documents à transmettre » à « preuves à présenter ».

Donc c’est un changement profond de méthode, qui vise à faire moins de démarches répétitives et à transmettre moins de vos données personnelles.

Encore faut-il que les individus s’approprient ce système. Encore faut-il avoir aussi une confiance aveugle dans son Smartphone qui, comme chacun sait, ne tombe jamais en panne ou n’est jamais perdu ou volé…

C’est d’ailleurs pour cela que les Etats préviennent que, pour l’instant, ce système n’entrainerait pas la suppression des documents physiques comme, par exemple, la carte d’identité.

Il faudra donc encore du temps pour passer du démonstrateur à l’usage de masse.

Concernant les entreprises, beaucoup de chemin reste à faire pour répondre à des questions telles que :

  • « quelles traces devra-t-elle garder pour démontrer plus tard ce qu'elle a vérifié ? »,

  • « comment garantir la traçabilité depuis le début jusqu'à la conclusion ? »,

  • « comment expliquer qu'on a la preuve que tout a bien été vérifié 2 ans après une opération, qui a réalisé cette opération et qui a validé les informations? », etc.

L'échange des informations et l'authentification des informations a depuis toujours été basé sur des échanges documentaires, donc ce serait un changement total de paradigme.

Et actuellement il y a une nette perte de confiance dans les services totalement digitalisés.

En outre, cette évolution entrainera une refonte des systèmes d’informations de l’entreprise, historiquement basés sur la centralisation des informations.

Et quid de la cybersécurité ?

En conclusion, le FIC nous a donné ce matin un éclairage intéressant sur une évolution technologique et opérationnelle qui risque de bouleverser rapidement notre quotidien et celui des entreprises.

Pour autant, les nombreuses questions soulevées montrent que l’échéance est peut-être plus éloignée que ce qu’en pensent certains de ses promoteurs...

A suivre donc !

Alain Establier