Interview de Jean Duguay - Directeur Général de Khiplus

SDBR NEWS : Pouvez-vous nous faire une rapide présentation de Khiplus* ?

Jean Duguay : La société Khiplus vient de fêter ses 40 ans d’existence. Pendant les 35 premières années, elle s’adressait exclusivement à deux marchés Défense : l’un avec la DGA et l’autre avec la DRM. La particularité de Khiplus est sa très forte connaissance de l'aspect opérationnel métier, puisqu’une partie de notre équipe native est constituée d'anciens OPS du ministère des Armées. En 2017, le Minarm a expliqué à la dirigeante de l’époque que l’expertise métier de Khiplus était clé pour la DGA et la DRM, et a donc fortement suggéré d’adosser la société à une structure plus importante, pour garantir sa stabilité financière et bénéficier de ses fonctions transverses et de ses capacités de recrutement. Après quelques années de conversations, c’est finalement la société Audensiel** qui a été choisie pour reprendre 100% de Khiplus en octobre 2020 et j’en ai été nommé Directeur Général le 2 janvier 2021. 95% des activités d’Audensiel est réalisé sur du consulting et sur de l'assistance technique aux métiers de la donnée.

SDBR NEWS : Quel est le bilan de cette opération 5 ans plus tard ?

Jean Duguay : Tout d’abord, nous avons pu conserver les 18 salariés historiques de l’entreprise, ce qui est notre façon de respecter l'entité, les sachants et le métier. Nous sommes toujours très respectueux du métier. Deuxièmement, nous avons réduit le socle de dépendance à nos deux marchés historiques, qui représentent aujourd’hui environ 65% de notre chiffre d'affaires, et nous avons essaimé autour du monde de la Défense, comme par exemple avec un contrat cadre chez Airbus pour du renseignement d'origine électromagnétique (ROEM). C’est notre agilité et notre pertinence métier qui semblent plaire à des interlocuteurs comme Thales Cholet, le CEA ou Enedis.

SDBR NEWS : Vous mettez en avant la réalisation d'une cartographie d'influence pour un client. Pouvez-vous nous en dire plus?

Jean Duguay : C’est un axe que nous avons développé au titre de notre R&D, grâce à notre directeur technique qui a fait l’Ecole de guerre (EGE). Nous travaillons dans le Renseignement pour les Forces Spéciales et l’idée était de rassembler des informations que nous voyons passer régulièrement, avec l’aide de Visibrain, qui offre une plateforme de veille sur Internet et les réseaux sociaux. Notre rôle était de recueillir l’information, de la traiter et de modéliser les données pour y détecter parfois, au milieu de tout le bruit généré, un tout petit pic qui alerterait sur un éventuel passage à l’acte d’éléments hostiles. Ensuite l’AID, l’Agence d’Innovation de la Défense, nous a aidés à développer ce logiciel d'influence qui utilise de l’IA bien sûr. Nous commençons à packager nos solutions innovantes en produits.

SDBR NEWS : Vous mettez aussi en avant la surveillance d’infrastructures critiques. En quoi consiste-t-elle?

Jean Duguay : Nous travaillons déjà sur un système de surveillance, à la fois côtier et terrestre, qui mixe du radiogoniomètre, de la caméra et de la VHF. Nous y avons ajouté des éléments qui opèrent en ligne, pour garder la maîtrise et la surveillance du spectre électromagnétique, avec des drones et avec des satellites. A condition que le brouillage n’empêche pas la liaison avec les informations critiques qui peuvent s’avérer cruciales pour des forces sur le point d'intervenir à tel ou tel endroit. Ce sont les axes sur lesquels nous travaillons : garder la maitrise.de la surveillance et préparer éventuellement des contre-mesures, comme par exemple éteindre ou couper un site rayonnant, ou un télécom, etc.

Notre métier concerne les données, le référentiel de données, l’organisation de l'information et la modélisation du métier avec tous types de capteurs (satellite, radar, caméras, etc.). Nous agrégeons ces différents éléments pour croiser et enrichir cette information, puis la fournir à un opérateur de surveillance qui saura bien mieux que nous ce qu'il s'agit d’en faire.

SDBR NEWS : Parlez-nous de cybersécurité…

Jean Duguay : L’entreprise est habilitée IGI 1300 qui nous impose les bonnes pratiques en termes de sécurité physique et de sécurité informatique pour nos systèmes d'information. Nous avons une équipe dédiée de 9 personnes, notre système réseau Cyber, qui vient mettre en place et sécuriser au jour le jour nos systèmes d'information. Nous avons des stations blanches, nous travaillons avec la DRSD et nous avons des contacts avec le ComCyber. Nous sommes 50 dans l’entreprise, mais nous avons le parc informatique d'une société de 200 personnes.

Le deuxième volet, c'est que les solutions que nous fournissons au Minarm doivent être cyber-durcies pour pouvoir être déployées en opérations. Et nous gérons très précisément tout ce qui est « droit d'en connaître » et « besoin d'en connaître » ; dans nos bases de données, tout est traçable au niveau de granularité le plus bas possible.

SDBR NEWS : Utilisez-vous l’Intelligence Artificielle ?

Jean Duguay : Oui. Mais nous l’utilisons en mode déconnecté et jamais dans le Cloud. Nous utilisons des petits agents malins dédiés à des tâches très précises, très concentrés sur des sujets ou des thématiques métiers ou de productivité très précises. Ce sont vraiment des agents spécialisés que nous maîtrisons de bout en bout et qui ne sortent pas.

Mais il est vrai qu’automatiser ou être proactif sur des processus d'intégration, de vérification ou de validation nous fait gagner beaucoup de temps et permet aux collaborateurs de monter, en termes de valeur, sur leur production de tous les jours. Nous traitons avec de l’IA tout ce qui est documentation. C’est un volet productivité qui n'est pas négligeable.

 *https://www.khiplus.fr

**https://www.audensiel.com