La construction navale de défense dans le monde en 2026
/A l’occasion de la présentation du salon Euronaval 2026, qui se tiendra du 03 au 06 novembre à Paris Nord Villepinte, les organisateurs du salon ont présenté une «Étude sur la Construction Navale de Défense dans le Monde », réalisée par les experts de « Flottes de Combat » et du GICAN (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales).
États-Unis, Chine, Russie : la course à la domination
Leurs flottes représentent plus de la moitié du tonnage des flottes militaires du monde. Avec des stratégies et des moyens différents, les marines américaine, chinoise et russe sont toutes capables de peser sur les équilibres régionaux, voire globaux.
Les États-Unis
Les États-Unis disposent de la première marine du monde en tonnage (3.100.000 t) avec 283 bâtiments de combat. Outre ses 14 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et ses 54 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), elle est centrée sur ses forces de projection (11 porte-avions, 9 porte-aéronefs d’assaut, 23 transports de chalands de débarquement) escortées par 7 croiseurs et 74 destroyers, tous équipés du système antimissiles Aegis.
En revanche, en cours de conversion pour recevoir des missiles hypersoniques, les trois destroyers Zumwalt ne sont toujours pas réellement opérationnels. Et les 27 Littoral Combat Ships consacrent leur courte existence à des missions de second plan : lutte antidrogue ou anti-mines.
Estimant le taux moyen de disponibilité opérationnelle de ses sous-marins, porte-avions, bâtiments amphibies et autres bâtiments de combat à respectivement 66 %, 45 %, 41 % et 68 %, l’US Navy cherche à réduire les délais de maintenance pour dépasser les 70 % de disponibilité.
Lors des opérations contre l’Iran entre le 28 février et le 8 avril 2026, les porte-avions Abraham Lincoln et Gerald R. Ford, maintenus hors de portée des missiles balistiques iraniens, ont généré à eux deux plus de 300 sorties par jour. Mais ce sont les 10 destroyers Arleigh Burke qui ont lancé l’essentiel des 850 missiles Tomahawk sur la République Islamique.
La Chine
La marine chinoise se classe au second rang mondial en tonnage (1.400.000 t) et au premier par le nombre de plateformes : 418 navires de combat de plus de 200 tonnes. La part des unités mises en service au cours des huit dernières années représente plus de 40 % de l’ordre de bataille.
Outre six sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, désormais capables de frapper le sol américain depuis l’île de Hainan, Pékin maintient la première flotte sous-marine du Pacifique avec 13 sous-marins nucléaires d’attaque et 49 sous-marins conventionnels, dont deux tiers à propulsion anaérobie*.
La flotte de surface, forte de 111 destroyers/frégates et d’une cinquantaine de corvettes, est en mesure d’opérer à l’échelle mondiale afin de sécuriser les routes maritimes.
Ses forces de projection (trois porte-avions, quatre porte-hélicoptères ou porte-drones, et neuf transports d’assaut) visent à dissuader le parti indépendantiste au pouvoir à Taïwan de déclarer l’indépendance.
La Russie
La marine russe préserve son troisième rang mondial en tonnage (environ 660.000 t) avec 209 plateformes de plus de 200 tonnes. Après le déclin spectaculaire qu’elle a connu depuis 1991 (passant de 122 à 17 sous-marins nucléaires d’attaque, de 59 à 20 sous-marins conventionnels, de 33 à 4 croiseurs, de 45 à 7 destroyers et de 122 à 9 frégates), la priorité va au renouvellement de ses capacités de dissuasion : 11 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins sont en service et la torpille nucléaire Poseidon a effectué un premier test en 2025. Mais la faiblesse de la production de sous-marins d’attaque ne lui permet pas de tenir son rang sous les mers face à l’Otan ou à la Chine. Elle contraint la Russie à tenter de remettre en service certains vieux SNA actuellement en réparation ou non-opérationnels.
Le renouvellement de sa flotte de grands bâtiments de surface est, quant à lui, retardé par la perte de l’accès aux turbines à gaz ukrainiennes.
En compensation, quelque 40 corvettes armées des missiles de croisière Kalibr et Oniks – et bientôt d’engins hypersoniques Zircon – s’y substituent provisoirement. Ces missiles arment aussi le croiseur de bataille Admiral Nakhimov qui a bénéficié d’une refonte ruineuse motivée par la candidature de l’Ukraine à l’Otan. En revanche, l’unique porte-avions russe, longtemps immobilisé, ne sera pas réparé et le quart des grands bâtiments amphibies sont perdus, victimes notamment de drones ukrainiens.
La Marine Nationale française
futur porte-avion français
La Marine française dispose au total de 66 bâtiments de combat. Elle porte la capacité de dissuasion nucléaire avec 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) épaulés par 5 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Elle dispose aussi d’une capacité de projection importante, avec 1 gros porte-avions complété par 3 porte-hélicoptères d’assaut amphibies et 1 bâtiment amphibie. Il faut ajouter 21 grands bâtiments de combat (FREMM, FDA, FDI, FLF, FS), 13 patrouilleurs hauturiers, 3 patrouilleurs côtiers et 15 bâtiments de guerre des mines.
Focus sur la filière navale française
La filière navale de défense française constitue un élément essentiel de la souveraineté nationale et de la base industrielle et technologique de défense. Elle rassemble plus de 750 entreprises - des grands maîtres d’œuvre aux PME et ETI spécialisées - et couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception et de la construction des plateformes à leurs systèmes de combat, leurs capteurs, leurs armements, leur propulsion et leur maintien en condition opérationnelle (MCO), le tout reposant sur la maîtrise d’un ensemble de technologies souveraines.
En 2025, la filière navale française a réalisé près de 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires et contribué à plus de 46.000 emplois directs.
Autour de Naval Group, leader européen du naval de défense, des chantiers comme Piriou, Kership, CMN, Socarenam ou Ocea contribuent à la réalisation des bâtiments de moyen tonnage et des patrouilleurs. La propulsion nucléaire constitue une compétence particulièrement stratégique, portée notamment par TechnicAtome.
Cette maîtrise des plateformes s’accompagne d’une capacité à concevoir les systèmes de combat qu’elles emportent. Thales fournit notamment radars, sonars, systèmes de guerre électronique, de communication, de commandement et de conduite des opérations, ainsi que des capacités avancées de lutte anti-sous-marine. MBDA apporte les principaux systèmes de missiles, de la défense aérienne à la lutte anti-navire, en passant par la frappe dans la profondeur et l’autodéfense. Safran et Lacroix, apportent des briques essentielles en matière de navigation, d’optronique, de guerre électronique et d’autoprotection.
Dassault Aviation fournit le Rafale Marine, qui constitue l’élément de combat du groupe aérien embarqué, et produit le Falcon Albatros pour la surveillance maritime. Airbus Helicopters contribue aux capacités aéromaritimes, notamment avec le NH90 Caïman Marine.
La guerre des mines et les systèmes autonomes constituent un autre domaine dans lequel la filière française dispose de compétences de premier plan. AE
* La propulsion anaérobie (ou AIP, pour Air-Independent Propulsion) est un système permettant à un sous-marin à propulsion classique (diesel-électrique) de naviguer sous l'eau pendant plusieurs jours voire semaines sans utiliser de schnorchel ni remonter à la surface, augmentant ainsi considérablement sa discrétion.