Pourquoi les pirates informatiques s'intèressent-ils soudain aux systèmes de distribution d'eau américains?
/Pourquoi les pirates informatiques sont-ils soudainement obsédés par les systèmes de distribution d'eau américains ?
Par Stefanie Schappert,
Journaliste experte en cybersécurité chez Cybernews*
Depuis le 26 juillet 2026, des cyberattaques visant les systèmes de distribution d'eau et de traitement des eaux usées ont été signalées dans au moins 12 États américains.
Le FBI et la CISA désignent de plus en plus le groupe CyberAv3ngers, une entité malveillante liée à l'Iran et soutenue par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI).
Alors que de nouvelles attaques sont signalées chaque jour par des municipalités à travers le pays, la question fondamentale n'est pas de savoir où et quand aura lieu la prochaine offensive, mais plutôt pourquoi les infrastructures hydrauliques américaines sont-elles devenues une cible aussi attrayante?
L'eau constitue une cible idéale
L'eau occupe une place unique au sein des infrastructures critiques américaines. Chaque communauté en dépend et, contrairement à de nombreux autres services publics, il n'existe aucune alternative si les systèmes qui la fournissent sont compromis.
Par ailleurs, semer le doute autour d'un service public essentiel peut s'avérer tout aussi stratégique que de provoquer une perturbation effective.
Pour atteindre leur objectif, les attaquants n'ont pas besoin d'empoisonner l'approvisionnement en eau ni de priver toute une ville de ce service. Il leur suffit d'amener la population à s'interroger :
Mon eau potable est-elle sans danger ?
Quelqu'un pourrait-il couper l'eau de ma ville ?
A quel point l'infrastructure dont je dépends au quotidien est-elle vulnérable ?
Même une tentative de perturbation qui échoue peut ébranler la confiance du public ; relayé par les médias en ligne, l'impact psychologique peut alors se répercuter sur l'ensemble de la nation.
Conçus pour être compromis
Plus de 50.000 systèmes d'eau potable et d'assainissement sont en service aux États-Unis ; nombre d'entre eux desservent de petites collectivités disposant de ressources limitées en matière de cybersécurité et utilisant des technologies vulnérables.
De nombreuses installations dépendent encore de systèmes de contrôle industriel connectés à Internet pour leur gestion à distance, ce qui crée une surface d'attaque vaste et diversifiée.
Le groupe CyberAv3ngers a identifié une faille idéale dans ces systèmes : des automates industriels programmables (API) impossibles à corriger par des mises à jour.
L'automate industriel programmable est essentiellement un ordinateur connecté à Internet servant à automatiser les opérations des installations ; il constitue l'un des principaux composants des systèmes SCADA au sein des infrastructures critiques.
CyberAv3ngers – initialement un simple groupe d’hacktivistes – a commencé à cibler les automates Unitronics en 2023, tout simplement parce que leurs logiciels étaient fabriqués en Israël.
En 2025, CyberAv3ngers a élargi son champ d'action pour s'attaquer aux automates Rockwell Automation, bien plus répandus, en exploitant une vulnérabilité de contournement de l'authentification impossible à corriger.
Les défenseurs disposent de peu de recours, tandis que le FBI exhorte les opérateurs à adopter de manière proactive des mesures de défense en profondeur, faute de solution corrective définitive.
L'évolution des modes opératoires visant les infrastructures hydrauliques
CyberAv3ngers s'est d'abord fait connaître en détournant l'affichage d'automates de fabrication israélienne pour y diffuser des messages pro-iraniens, avant d'évoluer pour devenir un acteur de la menace lié au CGRI (Corps des Gardiens de la Révolution Islamique) et de développer sa propre variante de logiciel malveillant industriel : IOControl.
Selon les chercheurs, ce logiciel malveillant a désormais été diffusé auprès d'au moins 60 groupes de pirates affiliés à l'Iran, rendant les menaces pesant sur notre approvisionnement en eau beaucoup plus imprévisibles.
Au lieu de surveiller les tactiques, techniques et procédures (TTP) d'un seul acteur, les responsables de la sécurité des systèmes pourraient avoir affaire à des dizaines de groupes capables d'utiliser la même boîte à outils de base pour modifier et déployer de nouvelles versions du logiciel malveillant.
Cette situation peut laisser les équipes de sécurité dans l'incertitude quant aux éléments à surveiller et à la manière de renforcer les systèmes face à une menace donnée.
Les chercheurs ont également documenté l'utilisation récente, par ce groupe, d'outils d'IA (notamment ChatGPT) pour le débogage de code et la recherche… Cela suggère que CyberAv3ngers et ses logiciels malveillants pourraient gagner encore en sophistication et en furtivité à mesure qu'ils évoluent.
*Article publié avec l’aimable autorisation de la rédaction de Cybernews https://cybernews.com