Interview d’Olivier Minck - COO @ MicrodB
/SDBR News : Qu’est-ce que MicrodB?
Olivier Minck : MicrodB fait partie du groupe Everenn*, groupe industriel français indépendant, spécialiste de la performance durable des infrastructures et équipements sensibles. Issu du regroupement de cinq entités complémentaires — SITES, Cornis, Vibratec, MicrodB et Vibrateam — le groupe réunit près de 700 collaborateurs en France et à l’international, pour un chiffre d’affaires annuel consolidé d’environ 70 M€. Everenn accompagne plus de 500 clients publics et privés dans les secteurs stratégiques de l’énergie, du transport, de la défense, du spatial, de la ville durable et du patrimoine bâti. Présent sur l’ensemble du cycle de vie des infrastructures, Everenn mobilise un haut niveau d’expertise technique et scientifique, combinant ingénierie de terrain, technologies embarquées et analyse avancée des données.
SDBR News : Et donc, plus précisément, pouvez-vous nous parler de MicrodB**?
Olivier Minck : Depuis 30 ans, MicrodB est spécialiste de l'acoustique et de la caractérisation des sources de bruit acoustique. Ce que nous essayons de faire au quotidien, c'est de localiser ces sources, de dire où elles sont et de les caractériser en signature, donc en spectre. Est-ce que ce sont des bruits aigus, plutôt basse fréquence ? Donc nous fournissions des cartes de bruit, qui sont plutôt à destination des ingénieurs de l’industrie. Souvent dans le domaine automobile, pour améliorer le confort des voitures, ou dans l'aéronautique, pour les bruits des passages d'avion, ou le ferroviaire pour les bruits de passage de train, etc.
Et puis, il y a 5 ans à peu près, nous avons vu un problème émerger et pour lequel nous pouvions nous positionner : la détection des drones.
SDBR News : Donc vous avez adapté votre métier à ce nouveau marché?
Olivier Minck : Nos cartes de bruit, finalement, c'est savoir dire à quel endroit et de quelle nature est la signature audio de ce qu'on écoute. Nous avons donc créé un produit qui sert à détecter une source de bruit qui arrive dans le champ d’écoute. Nous plaçons un capteur en extérieur et, dès qu'il y a une source de bruit qui arrive à portée du capteur, il va se focaliser dessus et en tirer la signature acoustique. Je dis « focaliser » parce que, sur notre capteur, nous utilisons 80 micros simultanés. 80 micros sur lesquels nous faisons un traitement mathématique avancé : c’est ce qui nous permet d'améliorer le rapport signal / bruit.
SDBR News : Ce qui signifie?
Olivier Minck : Si nous plaçons un simple micro qui écoute, au moindre coup de vent nous n’entendrons plus rien. Donc nous faisons du traitement du bruit ambiant pour sortir du bruit de fond. Avec 80 micros nous ramassons tous les bruits, ce qui nous permettra éventuellement d'imaginer des applications dans le futur, en cherchant des bruits différents pour reconnaître n'importe quelle signature. Mais, pour l'instant, nous sommes focalisés sur les signatures de drones. Notre savoir-faire vient du domaine de l'acoustique, pour obtenir les signatures audio des sources au plus loin possible.
Pour ces signatures que nous arrivons à identifier, nous entrainons une Intelligence Artificielle sur les signatures de drones. Depuis cinq ans, à chaque fois que nous voyons un drone, nous l'enregistrons et nous le plaçons dans notre base de données. Et de cette base de données, avec l'intelligence artificielle, nous sommes capables, à chaque fois que nous surveillons un endroit, d’identifier s’il s’agit d’un drone ou pas.
SDBR News : Qu’est-ce qui caractérise la signature d’un drone ?
Olivier Minck : La signature audio d'un drone est due aux différentes caractéristiques du drone : la vitesse de rotation et la taille de ses pales, le nombre de rotors qu'il a, etc. Nous voulons être capables de ne pas être impactés par un changement de bruit dû à l'usure. Par contre, un drone en vol va produire différents types de bruits selon la manœuvre qu'il est en train de faire : les pales vont tourner à des vitesses différentes pour le stabiliser, pour tourner à gauche ou à droite, pour avancer ou reculer, et selon la vitesse qu'il veut atteindre. Aujourd'hui, deux drones construits différemment vont avoir des signatures différentes. On n'a quand même pas encore la prétention d'être capable de donner le modèle de drone qu'on a détecté. Pour l'instant, si on arrive à dire « drone » ou « pas drone », c'est déjà bien. C'est vraiment cette information qui est prioritaire. Reconnaitre le modèle ce serait bien, mais c’est secondaire. Tous les drones aujourd'hui font du bruit. On ne sait pas faire voler un drone sans faire de bruit. Après, il y a évidemment des disparités : plus ils sont lourds, plus ils vont avoir besoin d'agiter l'air pour voler, plus ils vont faire de bruit et plus on va les capter loin. Les petits DJI, utilisés généralement par les particuliers, sont relativement silencieux , or la portée de notre capteur est directement liée au bruit que fait l'appareil, c’est donc un cas avec une portée limitée.
SDBR News : Quels sont les autres moyens de détecter un drone?
Olivier Minck : Dans le panorama des systèmes de détection de drones, les principaux sont le radar, la radiofréquence, peut-être même l'optronique. Mais, en termes d’efficacité, ils sont limités. Un radar, s'il y a des bâtiments dans le champ de visée ou si le drone vole très bas, va avoir du mal à travailler. De même, si le drone n'a pas de télécommande et fonctionne en 4G, la détection par radiofréquence va avoir du mal aussi à fonctionner. Et puis arrivent les drones connectés par fibre optique, avec une fibre de la taille d’un cheveu de plusieurs kilomètres de long et qui n'ont pas du tout de radiofréquence. Et la détection optronique, c'est-à-dire une caméra, a un angle de vue très restreint et ne peut pas vraiment couvrir une zone complète sans primo detection. En outre, il ne faut pas qu'il y ait trop d'humidité, pas trop de nuages, etc. Donc l'optronique a aussi des points faibles. En fait, nous discutons avec les entreprises qui fournissent ce genre de solutions pour croiser nos informations et voir si nous sommes capables de travailler ensemble en utilisant les protocoles standards : agréger l'information et avoir un niveau de fiabilité optimal dans toutes les situations et sur tous les types de drones.
SDBR News : Quelles sont les caractéristiques du système ALARM?
Olivier Minck : Sa principale caractéristique et sa finalité sont de pouvoir lire la signature du bruit émis par un objet volant. Les capteurs sont suffisamment petits pour pouvoir être embarqués. Une version un peu plus conséquente fonctionne sur trépied, donc c'est assez facile à déployer. Tout dépend du scénario de protection envisagé. Si vous voulez faire une protection périmétrique, nous placerons des capteurs, avec un système de montage spécifique, et des mats répartis tout le long du périmètre à protéger. Le but est d’émettre une alarme dès qu’un drone passe dans l'espace qui est couvert par nos capteurs placés tous les 300 mètres.
Si vous êtes plutôt dans un scénario « troupe au sol » qui veut s'installer momentanément quelque part, on ouvre la caisse, on le met sur le trépied, on le pose près de la tente et ainsi vous protégerez la zone à 300 mètres ; on fait une bulle safe. Si voulez faire une protection plus large, il faut prévoir un peu plus de capteurs pour faire un périmètre protégé. Derrière, il y a une unité de traitement avec de bonnes capacités de calcul, en temps réel, pour obtenir la signature du drone et faire les inférences en intelligence artificielle. Et à la sortie, un message tout simple de détection d’une menace, donc d’un drone, qui donne sa direction et permet un suivi de la trajectoire de ce drone, avec un identifiant unique. Ensuite c’est la neutralisation éventuelle, mais c’est une autre spécialité…