Security Defense Business Review

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Interview de Jehan-Christophe Charles - CS Group

 Jehan-Christophe Charles est “International Business development” @ CS Group

SDBR News: Quelles sont les difficultés de la lutte antidrone ?

Jehan-Christophe Charles: La difficulté de la lutte antidrone est déjà de bien connaitre la Menace. CS GROUP travaille depuis 7 ans sur ce sujet, 7 ans durant lesquels nous avons cherché les bons capteurs et les bons effecteurs, et à être capable de les faire travailler ensemble en les intégrant à notre solution de command & control (C2), cœur du système de lutte anti-drone que nous faisons évoluer régulièrement pour tenir compte de l’évolution de la Menace. Nous avons de l’avance sur ce sujet car nous sommes partis plus tôt que la plupart de nos concurrents et que, depuis le début, nous avons fait le choix d’un  système modulaire et évolutif, centré autour de notre C2 avec une intégration multi-capteurs et multi-effecteurs. Le concept est de présenter une situation claire à l’opérateur pour qu’il soit en mesure de prendre la bonne décision. Il faut donc qu’il ait une bonne détection avec un capteur adapté à la Menace : c’est vrai pour les drones comme cela l’est en surveillance maritime, aérienne ou terrestre. Ce que CS GROUP sait bien faire, en tant qu’intégrateur de systèmes, c’est connecter un capteur quel qu’il soit (radar, optronique, radio, acoustique…) à un système de commande et de contrôle (C2) et d’établir une situation tactique, puis de connecter des effecteurs (dans le cas de la lutte antidrone : brouilleur, lance-filet, armement, etc.) pour que l’opérateur ait un travail très simple : analyse de situation avec des données fiables sur laquelle il puisse agir le plus simplement possible et sans perdre de temps. Un des gros problèmes de la lutte antidrone est que le processus se déroule très vite (détections tardives et drones rapides) et que l’opérateur dispose de quelques dizaines de secondes pour réagir : il ne doit donc pas avoir à se poser de questions.

SDBR News: Quelques dizaines de secondes pour agir sans se tromper ?

Jehan-Christophe Charles: Lorsque quelque chose arrive, si le système dit que c’est un drone c’est parce que CS GROUP a fait en amont un travail de complexité : analyse du signal et ajout d’intelligence artificielle pour être capable de dire « oui c’est un drone » et même « c’est tel type de drone ». Une des grandes difficultés est de définir la Menace : quel est le type de drone et que vient-il faire au-dessus d’un site ? Bien sûr, ce peut être uniquement de l’observation, mais est-ce pour préparer un cambriolage ou pour voler des photos de VIP, etc. ? Ce peut être aussi pour déposer une charge explosive ou une charge d’espionnage. Ce peut être aussi une menace de communication (banderole déployée au dessus d’un stade) ou une menace plus directe (provoquer une panique dans une foule, attaque à l’explosif). Ce sont des scenarios de sûreté qui peuvent être transposés dans le champ militaire.

SDBR News: Donc la compréhension de la Menace est essentielle ?

Jehan-Christophe Charles: Absolument et c’est la raison pour laquelle il faut travailler sur des capteurs connectés, travailler sur ces données recueillies, les fusionner de façon à présenter à l’opérateur la situation la plus claire possible et les analyser en intégrant de l’Intelligence artificielle. C’est particulièrement vrai en protection de sites sensibles, qui sont déjà dotés de systèmes mais à qui nous pouvons apporter la fiabilité des alarmes et des informations remontées à l’opérateur. Donc, avant de déclencher la réponse avec des moyens de neutralisation d’un drone, il faut avoir une compréhension claire de la Menace. Avec son système Boreades **, CS GROUP s’intègre dans une chaine plus large de détection-neutralisation. Partis les premiers, nous avons montré la pertinence de notre concept initial et notre capacité à gagner des contrats, ce qui nous permet de continuer à développer notre recherche et développement en matière de lutte contre les minidrones, les microdrones et même les drones tactiques.

SDBR News: Où le système Boreades est-il opérationnel ?

Jehan-Christophe Charles: Le premier client a été la Préfecture de Police de Paris, entre autres pour protéger l’Euro 2016, avec des cas assez compliqués à traiter en milieu urbain, particulièrement à cause des oiseaux. De là, les Armées ont lancé un appel d’offres et la DGA a réceptionné en 2018 les 8 premiers systèmes de détection, d’identification et de neutralisation de drones dans le cadre du marché MILAD (Moyens Mobiles de Lutte Anti-Drones), pour équiper les forces terrestres, aériennes et navales en métropole ou sur les théâtres d’opérations. CS GROUP a travaillé avec l’armée de l’Air en particulier pour intégrer son système au C2 de l’armée de l’Air : identification automatisée, solutions de neutralisation. Ces évolutions et ce retex ont permis à CS GROUP de se positionner avec succès, en co-traitance avec THALES pour le système PARADE, notifié par la DGA en avril dernier. Le marché PARADE (Protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs), est un marché de 350 millions d’euros sur 11 ans, dont une tranche fixe de 6 systèmes. PARADE viendra notamment renforcer la sécurité du public et des infrastructures de deux évènements sportifs qui se tiennent en France : la Coupe du Monde de Rugby 2023 et les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

* https://www.csgroup.eu

** https://www.csgroup.eu/fr/offres-solutions/systemes-de-surveillance-commandement/lutte-anti-drones